25 Jan La Méditerranée dans le cœur

La méditerranée dans le cœur

Céline Bouchard est directrice de la rédaction du magazine ToutMa, un beau print distribué dans les hauts lieux marseillais. J’ai collaboré, avec elle, 4 ans. Elle m’a toujours laissé libre d’écrire les sujets qui me faisaient vibrer. Je me souviens du jour où elle est venue vivre à Paris, il y à 3 ans, on déjeunait chez Merci, et je lui parlais de mon désir d’avoir mon propre magazine, elle m’a toujours encouragée. Aujourd’hui, on la retrouve chez elle, dans le 16 e arrondissement de Paris pour parler de son parcours.

Tu sais que cela fait longtemps que je ne suis pas allée à Marseille, je suis un peu en manque …

Céline _ Oui parce que dans Mars mon Amour, Marseille est plutôt inexistant à l’intérieur pour l’instant …

Rires … Je me demandais si quelqu’un allait oser me dire sinon Mars mon Amour il tourne un peu autour de Paris … Quand même ! Tu sais, déjà, je fais tout instinctivement et l’idée c’était d’apporter de l’info en tant que journaliste parisienne à Marseille, mais aussi au pourtour méditerranéen …

_Tu as raison

Oui vraiment, cela m’intéresse pas il y a déjà des gens sur place qui font ça ..

_ Il faut subtiliser l’angle de vision. En fait, t’es qui ? T’es une fille du sud qui vit au nord et qui s’est réappropriée un autre sud, et tu proposes ta vision du monde. Il y a un clivage nord-sud en toi, et ça passe par tous les endroits où tu chemines. Ton coup de cœur c’est le sud symbolisé par Marseille. Qui reste accessible, facile d’accès.

Carrément, c’est exactement ça.

_ Ton magazine est hyper beau, c’est très esthétique, c’est dans l’air du temps.

Merci. C’est mon laboratoire créatif et tellement le reflet de ma personnalité. Cela fait à peine dix jours qu’il est en ligne et cela me fait tellement tripper de pouvoir m’exprimer. Je suis autant capable d’être séduite par un nouvel encens chez Astier de Villatte, que d’écouter le dernier EP du rappeur S.Pri Noir, puis aller boire un thé vert à l’hôtel Amour avec ma copine Romy.

_Oui, c’est ton éclectisme

Oui, vraiment

_Il faudrait que je te présente Malika Mokadem. C’est une photographe extraordinaire, surdouée. Elle est souvent à l’hôtel Amour. Elle se ballade beaucoup entre Venise, Marseille, Paris et Moscou. Elle travaille sur les encres noires qui donnent une atmosphère très spéciale à ces photos. Elle est arrivée à Marseille par amour et puis elle y est sans y être, elle est partout …

Oui, avec plaisir. J’adore ce type de connections. Tu vois, je crois que je ne rêve plus d’aller vivre, là bas, mais j’adore y aller et me ressourcer.

_ Marseille c’est Marseille l’insoumise, Marseille la rieuse, Marseille l’irréductible. C’est cette facette là qui nous séduit de l’extérieur, et on a envie de se l’approprier, et après quand tu vis dedans tu te rends compte qu’elle a aussi ses mauvais côtés, c’est un vase clos, parfois un petit esprit, c’est un manque de capacité citoyenne, de responsabilité. C’est un peu le bordel, les voyous sont autant adulés que les gens biens. Des fois t’as envie de dire c’est bon sortons de ça ! Ras-le-bol !

Oui mais est ce qu’elle ne perdrait pas une facette de sa personnalité ? Qui fait qu’elle est Marseille ?

_ Non. Avant je le pensais. Aujourd’hui, non. J’ai 47 ans, j’ai fait 30 ans à Marseille, à la vivre de près dans toutes les sphères. Pratiquement, toutes parce que la tienne, celle du hip-hop, ce n’était pas ma génération. Je pense qu’à un moment, c’est fatiguant ça. Genre je ne progresse jamais car je veux toujours me la péter borderline, hors-la-loi, je ne respecte rien … ça empêche de progresser.

Mais, moi, j’ai un rapport hyper particulier avec cette ville, où je ne la juge pas en fait. Pour moi, c’est comme une personne, je ne sais pas si tu ressens ça aussi ?

_Oui, mais tu es de l’extérieur, moi j’y ai vécu.

C’est vrai que quand j’y suis je me sens hyper bien mais très vite à l’étroit quand même.

_ Je n’ai pas connu ça parce que quand je suis arrivée à Marseille, j’avais 15 ans et je venais d’un tout petit village de Normandie. D’un coup pour moi c’était la mer, l’horizon, la diversité, la culture complètement différente. Je me suis éclatée pendant 30 ans.

Tu vois ca c’est important de le dire. Si toi tu as réussi à t’éclater pendant 30 ans. Ca veut dire que c’est une chouette ville quand même.

_ Mais bien sûr !

Et c’est ta maman qui a décidé d’aller vivre à Marseille ? Comment on arrive de Normandie à Marseille ?

_Ma mère travaillait dans le maritime. Le maritime mène à tout. La mer c’est la non frontière. Mon père était lui aussi un vagabond des temps modernes car lui faisait des chantiers offshore. C’était un tuyauteur, il installait les pipelines. Il pouvait autant travailler à terre qu’en pleine mer. Donc, il était souvent parti et ma mère se morfondait un peu. Elle en avait ras-le-bol de la pluie, son mari revenait toujours, comme un Dieu tout bronzé, tout blond, tout magnifique ! Et elle a dit moi aussi j’en ai marre je vais emmener mes enfants au soleil. Elle a eu l’opportunité de passer du Havre à Marseille en directrice d’agence. Et on était lancé !

10425068_674483702640613_4330174549944264682_n

 

 

 

 

 

 

 

 

Et tu t’es bien adaptée ?

_ J’étais la seule …

Ah

_Oui, sur les 4. Je suis la cadette mais je suis un peu l’aînée de fait. J’ai un frère ainé qui est doux, il est musicien, c’est un réfractaire à l’ordre établi qui voulait partir comme berger dans les Alpes … Fêlé du bulbe, très marrant.

Rires. J’adore !

_ Mais qui n’a jamais accepté son rôle d’ainé, en plus un garçon, on lui collait une pression terrible, il ne supportait pas. Moi j’avais un caractère plus à même d’assumer, j’aimai bien m’occuper de ma famille et de mes frères et sœurs.

Comme aujourd’hui en tant que Maman avec tes enfants …

_ Oui, toujours. Mais même, aujourd’hui, avec mes frères et sœurs.

Ah oui ? Mais je pense que ça ne bouge pas, la manière dont on se comporte avec la famille.

_ J’ai un sens des responsabilités aiguisé.

Et vous avez des bons rapports ?

_ Oui, super.

Et, alors, tu arrives à Marseille, tu as 15 ans, un caractère un peu fort et tu es la seule des 4 qui s’adapte …

_ Moi, en Normandie on m’appelait l’italienne, j’avais un caractère très volcanique, je parlais avec les mains, et on me disait : « mais c’est pas possible, t’es une italienne ! » Je ne savais pas d’où je sortais, j’étais un peu bizarre.

Rires

_Du coup, je suis arrivée à Marseille, je me suis dit, je suis chez moi. Tout le monde parle fort, rit aux éclats ! Mais j’avais la trouille quand même, je voyais que mes frères et sœurs se repliaient sur eux mêmes, n’étaient pas très heureux. Mes parents commençaient à ne plus s’entendre, ils ont divorcé deux ans après. Il y a eu des moments difficiles d’installation. Je me suis alors dit, il faut que je prenne mon envol. Alors qu’est ce que j’ai fait ? Je suis partie à la découverte de la ville. Un peu comme toi quand tu y vas. Je l’ai faite à pied dans tous les sens. J’étais jeune, j’avais 14 ans et demi tout juste 15 ans. Et très vite, je me suis faite pas mal de copines, j’étais dans un grand lycée marseillais, j’ai vite eu des copines qui m’ont éveillée à la vie marseillaise. Et j’ai rencontré un mec. Un Corse. Très important la Corse ! Parce que du même coup, j’ai découvert la complexité du genre marseillais. C’est la Méditerranée en fait que tu découvres. Les Marseillais viennent de Naples, de Corse, de Sardaigne, de Tunisie … Tu vois ce que je veux dire ? D’ailleurs, aujourd’hui, on le sait et on le met en exergue.

Oui, j’adore

_ Regarde le Mucem, Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée ! Et moi à l’époque déjà ça m’a sauté au visage. C’était très différent de tout ce que j’avais toujours connu. Ma mère est Hollandaise, mon père est Normand, c’est un Viking ! Mais il y deux personnes qui se sont hyper bien adaptées à Marseille c’est mon père et moi !

Lui ça m’étonne pas, vu que tu me dis qu’il revenait de ses voyages bronzé, les cheveux blondis de soleil !

_ Oui, lui c’était l’Africain. Après il a arrêté les missions offshore et ils ont divorcé. Mais il s’est très bien plu à Marseille. Il y est toujours.

Et alors ce garçon que tu rencontres à 15 ans …

_Je ressens le besoin de prendre mon envol, ma mère travaille beaucoup, il faut que je sorte de ce milieu trop restreint, trop ouvrier. Lui a le double de mon âge, il travaille dans le milieu de la nuit, et je démarre ma vie comme ça. Je découvre la nuit …

La nuit à Marseille …

_La nuit à Marseille, dans les années 80.

Tu vas où du coup ?

_Partout, au Rose bonbon au Rock’n Roll, à la Mendigote, c’est la dernière année sur la Corniche. Toutes les boites possibles et inimaginables, je vais partout, et comme je suis avec un Corse du monde de la nuit, j’ai mes entrées partout et je suis très protégée.

Il prend soin de toi ?

_ Oui, vachement. Après tout le monde sait qui je suis … C’est comme ça que je suis devenue une ‘socialite’ comme on dit aujourd’hui. Une fille dans le coup qui connaissait tout le monde. Tout le monde m’avait pris, un peu, sous son aile …

Ce qui est fou c’est qu’au départ tu as toujours une idée de là ou tu veux aller. Tu as toujours été dans l’action ?

_Oui, après il a des choses qui sont liées au hasard des rencontres parfois, il faut savoir ce que tu en fais de ta rencontre aussi. On est toujours déterminant.

Oui, c’est juste.

_Je sais juste, une chose, c’est que je n’ai pas envie de rater ma vie. Tu vois ? J’ai envie d’avoir une vie différente. Une vraie vie. Pas une vie convenue.

Je trouve ça hyper intéressant parce que tu constates que dans le milieu dans lequel tu évolues, il y a des restrictions, des peurs, des choses qui ne vont plus, un couple qui se sépare, et toi tu te dis moi je veux m’approprier ma vie. Un peu comme quand dans le nord quand on te disait : toi c’est pas possible tu viens d’une autre planète ?

De la planète Mars ! Rires

_ Est ce que tu penses qu’on nait avec une personnalité ? En plus comme tu as quatre enfants est ce que tu captes cela chez tes enfants ?

_ Complètement, je pense qu’il a une génétique du caractère. On le voit dans le comportement du tout petit bébé. Tu sais déjà qu’il va être cool ou électrique. Je pense qu’on est prédéterminé.

Entrée d’Ana Carla (la fille de Céline)

Puis de Paolo (le fils de Céline)

Discussion à suivre …

http://www.wobook.com/WBC18bv61m4O-a/ToutMa-n-38-Hiver-2015-2016.html

Photo de couverture Emmanuel Bournot

2 Comments
  • Lolita
    Posted at 03:42h, 20 juillet Répondre

    I was waiting for this type of matter. Thank you very much for
    the location.

  • Ezra
    Posted at 10:04h, 23 juillet Répondre

    I was waiting for this sort of matter. Thank you very much for the place.

Post A Comment